Plus de doute, les entreprises du commerce ont bien conscience de l’impact de la transition écologique sur leur business. C’est l’un des premiers enseignements de l’étude « Le commerce au défi de la transition », réalisée à l’initiative de l’Observatoire prospectif du commerce auprès de plus de 800 entreprises issues de 20 branches professionnelles*.
Elles sont 54% à considérer que cet impact est assez fort ou très fort. Elles n’étaient que 38% lors de la première édition de cette étude en 2021.
« Et ce taux atteint 91% pour les entreprises de plus de 250 salariés. En effet, elles sont davantage impactées par la réglementation qui leur impose des obligations fortes, ce qui nécessite une adaptation de leur organisation et de leur fonctionnement interne », commente Jean-Paul Hubert, Responsable du pôle ingénierie des compétences et certification de l’Opcommerce.
C’est le cas, par exemple, des commerces qui vendent des produits et emballages soumis à des filières à Responsabilité Élargie du Producteur (textile, jouets, électroménager, articles de sport et de loisirs, articles de bricolage et de jardin ...). La réglementation leur impose, dans certains cas, de reprendre les matériels usagers rapportés par les clients, et les oblige à déclarer la collecte de ces produits auprès d’éco-organismes pour organiser leur tri, leur réemploi ou leur recyclage. Les entreprises qui mettent des produits sur le marché sont, en effet, responsables de leur impact tout au long de leur cycle de vie.
Adapter sa stratégie et son business model
L’étude met aussi en exergue les priorités des entreprises du secteur et de leur branche professionnelle pour les années à venir : la gestion des déchets, les économies d’énergies, le développement d’une logistique plus écologique, l’approvisionnement en produits locaux, la commercialisation de produits plus robustes et réparables, la vente de produits d’occasion.
Face à ces enjeux et pour répondre aux attentes des consommateurs attentifs à la fois au prix, mais également à la qualité des produits et aux questions environnementales, les entreprises vont devoir adapter leurs stratégies pour saisir les opportunités engendrées par de nouveaux modes de consommation.
Et pour cause : les tendances en matière de pratiques de consommation déjà identifiées en 2021 s’affirment : boom de la seconde main, recherche de produits plus durables, développement de la réparation pour faire durer les produits, préférence pour les circuits courts et les produits locaux…
Un verdissement des compétences sur toute la chaîne de valeur
L’étude explore les conséquences de ces grandes tendances sur les compétences que vont devoir renforcer, voire développer, les salariés du commerce. Cinq activités principales constituant la chaîne de valeur des entreprises du commerce, qui sont essentielles dans la relation et l’expérience client, ont ainsi été scannées : du développement de l’offre produits, en passant par la communication et le marketing, la supply chain, la vente et la relation client et, enfin, le service après-vente.
Nous assistons davantage à un verdissement des compétences plutôt qu’une transformation des métiers ; ce qui implique l’intégration de savoirs environnementaux, l’adaptation des savoir-faire professionnels au regard de l’évolution des modes de consommation, ainsi que le développement de compétences comportementales pour conseiller le client et le sensibiliser aux enjeux de la transition écologique.
« Si le métier d’acheteur ne change pas fondamentalement, en revanche ses compétences se verdissent, explique Jean-Paul Hubert. Désormais, l’acheteur devra être attentif aux produits écoconçus et pour cela intégrer de nouveaux critères pour sélectionner les fournisseurs. Avec le développement de la seconde main, les vendeurs devront non seulement maîtriser les argumentaires pour vendre ces produits mais aussi, dans certains cas, savoir les racheter auprès des clients en évaluant leur état, en estimant les coûts de remise en conformité et le juste prix du rachat ».
Le SAV (re)devient stratégique
L’étude identifie aussi le service après-vente comme une des fonctions stratégiques, notamment dans certains secteurs distribuant des matériels et produits technologiques. « Le renforcement du service après-vente est un enjeu majeur pour près de 40 % des entreprises interrogées. Assurer une maintenance préventive et/ou corrective sur des produits de plus en plus complexes, réparer au composant, utiliser des pièces de réemploi en s’assurant de leur traçabilité, accompagner le client dans une utilisation optimale des produits pour prolonger leur durée de vie nécessitent de faire monter en compétences les équipes », souligne le responsable du pôle ingénierie des compétences et certification de l’Opcommerce.
Cinq leviers d’accompagnement
Pour accompagner les entreprises du commerce dans leur transition écologique, l’Opcommerce déploie cinq types actions :
1/ L’intégration des compétences nouvelles ou verdissantes dans les référentiels de certification des branches. Par exemple, les titres à finalité professionnelle « Vendeur de Cycles » ou encore « Conseiller Technique Ski » intègrent désormais une compétence sur le rachat de produit et une autre sur la vente de produits d’occasion.
2/ L’actualisation des fiches emplois avec les compétences nouvelles ou à verdir identifiées par l’étude. Elles sont consultables sur le portail « Perspectives commerce ».
3/ Le déploiement d’une offre de services, comprenant notamment un Test-flash, un diagnostic-accompagnement RH, l’EcoDiag Commerce et une offre de formation sur mesure.
4/ La sensibilisation des organismes de formation et des CFA pour les amener à adapter leurs programmes de formation afin de répondre aux besoins en compétences des entreprises du commerce liés à la transition écologique.
5/ La mise en place d’expérimentations pour accompagner les CFA dans le verdissement des formations du commerce. Trois CFA bretons ont ainsi participé à la création d’un parcours pédagogique en ligne baptisé « La fabrique du commerce responsable », ayant pour vocation d’enrichir et de verdir les séquences de formation proposées aux apprentis en BTS MCO (Management commercial opérationnel).
*Étude réalisée par le cabinet AUXILIA (Groupe SOS).